Jardins Secrets, le blog

Une évasion bucolique et originale sur 7000m2. Ouvert 7j/7 du 8 avril au 7 octobre 2018



Le blog de Nicole

Vincent dans les Alpilles





Vincent dans les Alpilles
Un jour qu’il faisait froid et qu’une brume pesante engourdissait notre jardin, il nous pris l’envie subite d’aller dans les Alpilles à la rencontre du soleil. Enfournant précipitamment dans la voiture chaussures de marche, sac à dos et cartes de randonnées, nous étions en quelques heures dans la lumière éclatante d’un petit massif calcaire véritable échine s’étirant des Baux à Saint Rémy de Provence.
Longtemps nous avons cheminé sur une crête rocheuse parmi les cystes, les genévriers et les romarins d’où émergeaient quelques cyprès vert sombre. Parfois le maquis laissait place à l’ombre éparse de pins torturés. En contrebas dans de minuscules vallées, se lovaient des carrés de vignes rousses et des champs d’olivier gris. Nous étions entre ciel et terre suspendus au dessus d’un jardin miraculeusement préservé. Cette beauté simple où se mêlait sans ostentation l’œuvre de la nature et celle de l’homme nous emplissait d’un bonheur tranquille.
Mais soudain le vent s’est levé et l’ombre de Vincent Van Gogh est arrivé, ses prunelles sombres, sa barbe fauve… Le paysage s’est mis à frémir puis à ondoyer furieusement parmi les flammèches noires des cyprès. Le jardin serein que nous venions d’arpenter se transformait en gigantesque toile emplie de la présence et de la voix tonitruante de Vincent : « laissez moi tranquillement continuer mon travail, si c’est celui d’un fou, ma foi tant pis ! Je n’y peux rien alors ! ».
Déjà les collines prenaient des teintes violacées sur un fond de ciel rose. La nuit est arrivée au moment où nous rejoignons Saint Rémy de Provence. Autour d’une énorme lune jaune nous avons cru voir tournoyer dans le ciel sombre en volutes incandescentes des étoiles grosses comme des soleils.
Le lendemain nous étions à l’asile de Saint Paul de Mausole où fut interné Van Gogh. C’est dans une petite chambre à la fenêtre quadrillée de barreaux qu’il a peint le tableau mythique des iris qui devait, cent ans plus tard, faire d’un peintre maudit l’artiste le plus côté de l’époque. La toile est couverte d’un amas d’iris bleu outremer au feuillage turquoise. Fébrilement les fleurs semblent chercher une issue vers le ciel et se heurtent aux limites du tableau comme Vincent aux limites de sa cellule. De cette masse sombre et tourmentée émerge sur un fouillis de fleurs orange, un iris blanc léger comme un papillon.
Vincent aimait les fleurs jusqu’à l’obsession, d’où ses séries de vases aux tournesols, aux iris mais aussi ses bouquets de fritillaires, de roses trémières, de lilas, et ses branches d’amandiers et de pruniers en fleur.
Dans une lettre adressée à son frère Théo il confie : « je sens que dans cette nature il y a tout le nécessaire pour faire de bonnes choses. Je dois être un coloriste comme il n’y en a jamais eu. « Et à sa sœur : » j’ai une étude de jardin d’un mètre de large : à l’avant, des coquelicots et autres fleurs rouges dans des verts puis, un grand morceau de clochettes bleues et enfin à l’arrière plan, du rose, du lilas et encore des scabieuses d’un violet sombre, des géraniums rouges, des tournesols, un figuier, un laurier rose, une vigne ».
Sur le chemin du retour, je songeais à mon jardin. Oserais-je y intégrer les couleurs fulgurantes de Van Gogh ? Pourquoi pas ? Le jardin Andalou se prêterait bien à toutes les fantaisies lumineuses et le jardin Des Lyres à tous les délires colorés.
J’évoquais l’enchaînement heureux des causes et des faits qui, pendant deux jours nous avait mené du brouillard savoyard à la lumière provençale, des Alpilles à Van Gogh, de Saint Paul de Mausole à une pauvre chambre, d’un champ de blé à un verger en fleur, d’un bouquet de cyprès à un iris blanc.
Depuis cette escapade, j’ai mis en terre le « rhizome de Vincent » pour garder en mémoire le courage et l’obstination d’un homme génialement fou… L’iris blanc a fait des petits, c’est une touffe maintenant qui éclaire les floraisons de mai aux Jardins Secrets.

Nicole Moumen


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1.Posté par Neveu Séverine le 03/03/2011 20:09

Bonsoir, c'est Castorine!
Quelle belle surprise ce blog et les nouvelles de là-haut.
Et ce beau texte sur lequel je me suis promenée avec beaucoup de plaisir.
Je ne connaissais pas Nicole, vos talents d'écriture. C'est chose faite et j'en redemande.
En espérant vous revoir très bientôt (et me régaler d'un beignet), j'embrasse chacun de vous chaleureusement.
Bonne nuit...
Séverine

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