Sans titre (18)

La main verte

On ne récolte que ce qu’on sème et il est préférable que s’aiment le jardinier et son jardin.   

Le jardin est un être vivant, sensible et réceptif et, bien qu’il s’entoure de mutisme, il utilise pourtant un langage dont les codes sont faciles à déchiffrer pour celui qui veut bien y prêter attention.

Il dit «  j’ai faim, j’ai soif, je suis épuisé, je suis malade, ou encore plus subtilement, je suis malmené, délaissé, abandonné ». Il dit aussi « je me sens bien, je suis repus, bien soigné, épanoui, je ne manque de rien ». Toutes choses que dirait également son jardinier !

Ces deux là se ressemblent et mènent le même combat, à la vie à la mort…

Contre toute attente le jardinier ne sort pas d’une graine, il devient jardinier avec l’expérience, une expérience tardive qu’il n’acquiert pas dans la fleur de sa jeunesse, trop occupé à goûter aux fruits de la vie sans avoir ni le temps ni l’envie de les faire pousser lui même. Hormis ceux qui se livrent au jardinage à titre professionnel, il faut une certaine maturité pour devenir jardinier amateur. Le jardinier doit avoir été un peu malmené dans sa vie, en garder quelques blessures, souffrir d’avoir été déraciné pour ressentir le besoin de se poser sur un lopin de terre, avec la décision de l’ensemencer, de l’embellir et de le faire fructifier, comme pour s’offrir une nouvelle jeunesse. Jardiner, c’est aussi défricher les zones de broussaille qui empêchent de voir clair, se rendre maître de la situation, poser son empreinte, s’affirmer.

Dur et excitant labeur que de préparer la terre à être fécondée, jusqu’au jour où tout doucement elle s’ouvre enfin. Le premier germe paraît, poussé vers le ciel. C’est pour le jardinier novice le début d’une aventure passionnante et pour certain, une histoire d’amour, pleine d’ambivalence, comme toutes les histoires d’amour ! « Je t’aime, moi non plus ! » se disent-ils tour à tour, lorsque l’eau, le soleil, l’énergie viennent à manquer. La vie n’est pas toujours rose au jardin et la main du jardinier n’a jamais été verte ! Sa main est rêche et terreuse, sans gant pour la protéger car il est inutile de prendre des gants pour dire ce qu’on a à dire et le jardinier a toujours beaucoup de choses à dire à son jardin. L’avantage est que son comparse est muet et n’interrompt pas le cours de ses idées, bien au contraire, il les sollicite et ce silence bienfaisant aide à réfléchir ou à rêvasser, selon l’humeur. Aujourd’hui, le bienheureux jardinier a la veine poétique et fait part à son jardin de ce poème persan :

« Quiconque construit un jardin est ami de la lumière, aucun jardin n’étant jamais sorti des ténèbres. »  Et les fleurs lumineuses de se pâmer et le jardinier de sourire…

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